C'est pas comme si toi & moi on se connaissait, c'est juste que là, j'ai besoin de quelqu'un. Enfin, plutôt de quelque chose, mais je prends ce qui me tombe sous la main. C'est pas que je te dévalorise en tant qu'humain, mais.... De toute manière, c'est pas comme si toi, tu m'aimais. Si ?

C'est pas comme si toi & moi on se connaissait, c'est juste que là, j'ai besoin de quelqu'un. Enfin, plutôt de quelque chose, mais je prends ce qui me tombe sous la main. C'est pas que je te dévalorise en tant qu'humain, mais.... De toute manière, c'est pas comme si toi, tu m'aimais. Si ?
J'écris.


J'écris pour tout dire, tout déballer. Ou pour ne rien dire, pour débiter des âneries...Il paraît que je fais ça très bien, débiter des âneries.Bref, j'écris quand j'en ai besoin, ou alors quand je ne sais vraiment pas quoi faire de mes dix doigts, ce qui m'arrive de plus en plus fréquemment.

Il y a des mots, des mots impossibles à prononcer, des mots qu'on ne trouve pas lorsque on en a besoin. C'est tellement plus facile de tout coucher sur le papier, de tout écrire, de barrer, de recommencer autant de fois qu'on en a besoin... C'est ce que j'aime. Le fait de savoir que personne ne saura jamais rien de mes hésitations, de mes tergiversations, de mes peurs. Le fait de savoir que lorsque on me lit, on ne sait pas ce qu'il y a au fond de moi. Une lettre, quelques mots sur le papier cachent ce qui se passe en réalité. Pour moi, c'est ça la vraie liberté. Être libre d'afficher ma détresse, mon bonheur, ma tristesse quand j'en ai envie, ou de tout cacher quand je ne veux pas y penser.

Voilà pourquoi j'écris.

# Online seit Donnerstag, 02. Juli, 2009 um 14:07

Geändert am Freitag, 25. September, 2009 um 11:34

Le bonheur, c'est de chercher. Jules Renard.

Le bonheur, c'est de chercher.   Jules Renard.
Un trou béant qui se remplit tout à coup. Une fleur qui craquelle le bitume. Le sourire éclatant d'une fillette dans la rue noire de monde. Un rayon de soleil transperçant les nuages menaçants. Deux amoureux se promenant main dans la main. CETTE chanson. Une bande d'amis se baladant dans la campagne en riant. Une danse improvisée sous la pluie. Un ticket gagnant au loto. Un livre dont on n'arrive pas à décrocher les yeux. Un dessin d'enfant haut en couleurs. Une étoile filante dans la nuit noire. Un amour de jeunesse retrouvé. Le rire, devenu si rare, d'un ami proche. La meilleure note de la classe au devoir de mathématiques. Le battement de deux c½urs. Un papier de bonbon collé dans un journal intime. Une balade en bord de mer, au petit matin. Les joyeux cris des enfants jouant dehors. Le parfum de l'être cher. Ce haut aperçu en vitrine que l'on ne peut s'empêcher d'acheter. Le premier cri d'un nouveau-né. Ce film, qu'on peut regarder des centaines de fois sans pour autant s'en lasser. Un cadeau inattendu. Un baiser volé. Des retrouvailles. Un feu crépitant dans la cheminée.

Oui, après tout, c'est peut-être ça, le bonheur.

Photo : Julie & Clara. Folles. Toutes les deux.

# Online seit Freitag, 03. Juli, 2009 um 12:14

Geändert am Freitag, 25. September, 2009 um 11:47

Qui part dans l'éclat de sa jeunesse emporte la beauté jusqu'au ciel.


Des mots. Parce qu'il en faut. Parce qu'il doit bien y en avoir, des mots pour exprimer cela, des mots pour te rendre hommage, à toi, Léa, sans pour autant verser dans le mélodramatisme avec des phrases du genre « Reposes en paix ».
Oui, des mots pour ça, des mots pour toi, il faut qu'il y en ait, même si je ne les ais pas encore trouvé, même si peut-être cela mettra beaucoup de temps.
La seule chose qui me vient à l'esprit, là, maintenant, c'est que tu nous manques. Terriblement. Et aussi, qu'on a compris. Compris que tu ne voulais pas nous punir en faisant cela. Que tu l'as fait pour toi. Sans penser aux conséquences, certes, mais pour toi. Et c'est ce qui compte pour nous, c'est le plus important.
Alors nous, maintenant, sans toi, on essaye de se reconstruire, on a réappris à sourire... Mais si les gens regardaient un peu mieux dans le fond de nos yeux, ils ne verraient que toi Léa, que toi.
Oui, on réapprend à vivre, mais on nous a arrachés ce morceau de notre coeur auquel on tenait tant, et ils sont mutilés comme au lendemain d'une bataille.
Mais après une bataille, on se relève, et on recommence à marcher. Au début, chaque pas est un supplice, et puis, petit à petit, la douleur diminue. Mais elle ne disparaît pas. Jamais. Elle reste, lancinante, dans notre cerveau, dans notre coeur et dans chacun de nos muscles, et à chacun de nos pas.
Mais on avance un peu plus chaque jour, à chaque pas. Parce qu'on a compris que la vie ne nous attendait pas, qu'elle filait droit devant nous, et que si on ne la rattrapait pas, on resterait derrière elle jusqu'à la fin, à nous traîner et à essayer de la suivre sans jamais la rattraper. La tienne de vie ne file plus, elle s'est arrêtée. Mais nous, on a fait un bout de chemin avec elle, et ça, c'était le plus beau cadeau que nos vies pouvaient nous faire.

Qui part dans l'éclat de sa jeunesse emporte la beauté jusqu'au ciel.

# Online seit Freitag, 03. Juli, 2009 um 12:20

Geändert am Samstag, 03. Oktober, 2009 um 07:18

084 157

Ceci est la nouvelle que j'ai écrite cette année pour le Concours National de la Résistance et de la Déportation, sur le sujet "Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi.
Je la publie sur mon blog car le jury du Concours m'a disqualifié, jugeant que ma nouvelle n'était pas "le type de support attendu".
J'aimerais simplement votre avis, étant donné que c'est la première nouvelle que j'écrit. Merci.
[Je vous déconseille de la lire si vous n'avez pas beaucoup de temps devant vous...]

_______________________________

Je m'appelle Sarah.

J'avais fêté mes 14 ans le 23 juin 1942. Je vivais dans un appartement à Paris, avec mes parents. Ils avaient quitté la Pologne en 1926, deux ans avant ma naissance. Nous étions juifs, mais nous ne le montrions pas, enfin ne le montrions plus : depuis que les nazis avaient envahi la capitale, tous nos proches amis juifs avaient été déportés, et nous avions peur. Par conséquent, nous n'allions plus à la synagogue, et nous ne portions pas non plus l'étoile jaune.
Nous possédions aussi de faux-papiers. A l'Etat Civil, je m'appelais donc Henriette Durand.
Dans ce climat de peur, mon anniversaire s'était déroulé très calmement. Mes parents étaient tendus, sans cesse à l'affût du moindre bruit. Quant à moi, je n'arrivais même pas à me réjouir de mon propre anniversaire.
Ce soir là, j'étais allée me coucher avec appréhension, comme d'habitude -j'avais entendu dire que la Milice allait jusqu'à frapper chez les juifs en pleine nuit, profitant de leur stupeur pour les emmener-, mais aussi le c½ur gros : depuis que toutes nos libertés avaient été supprimées, les anniversaires étaient devenus des journées déprimantes dont nous ressortions avec le moral au plus bas.

Le mois de juin touchait à sa fin, un étouffant mois de juillet lui succéda. Mes parents étaient de plus en plus inquiets. Depuis plus de dix jours, nos affaires étaient prêtes, au cas où, selon maman, « nous devrions partir précipitamment ».
La bouffée de haine que je ressentais contre les nazis chaque fois que mes parents en parlaient augmentait de jour en jour.J'avais à présent peur de sortir, et restais confinée toute la journée, regardant par la fenêtre le soleil briller sur les toits de Paris.

Nous fûmes réveillés à l'aube, ce mercredi 16 juillet, par deux coups frappés à notre porte.
Je sus tout de suite que c'était eux. Nous n'avions même plus peur, sachant au fond de nous que cela arriverait bien un jour. Mais une question me préoccupait : Comment nous avaient-ils trouvé ? Nous, avec nos faux-papiers et sans étoile jaune ?En sortant de l'appartement, j'eus la réponse à ma question : sur le pas de leur porte, nos voisins de palier nous regardaient d'un air satisfait. Comment avaient-ils pu ?

L'officier allemand nous poussa dans les escaliers : « Schnell, schnell ! ». Plus vite.
Nous descendîmes dans la rue. Des centaines de personnes marchaient dans la même direction, surveillées par des soldats allemands. Certains portaient l'étoile jaune, d'autres non. Les enfants pleuraient, les femmes suppliaient. Le teint de mes parents avait une couleur de cire.
Alors la panique me gagna tandis que nous avancions tous vers une destination inconnue, sous les cris des soldats allemands. Nous traversâmes Paris, nos rangs grossissant au fur et à mesure.
Les gens s'écartaient sur notre passage, certains même se précipitaient chez eux. Quelques uns nous regardaient avec une sorte de pitié impuissante, mais aucun ne fit le moindre geste.
Enfin, nous nous arrêtâmes devant le Vélodrome d'Hiver. J'y étais déjà venue avec mon père.
On nous entassa à l'intérieur, les SS n'hésitant pas à battre les récalcitrants. Les portes se refermèrent sur nous. Nous restâmes enfermés 3 jours, presque sans manger et sans boire, la Croix Rouge ne pouvant plus nourrir tout le monde. Les toilettes furent vite bouchées. Nous ne dormions quasiment pas, et la terreur était palpable. Les plus petits avaient depuis longtemps cessé de pleurer.
Enfin, on nous fit sortir, puis monter dans des autobus. Notre destination était sur toutes les lèvres : Drancy. Le camp d'internement au nord de Paris.


On nous entassa trois par trois dans d'étroites cellules. Je fus séparée de mes parents et m'emmurais dans un silence obstiné, refusant de communiquer avec mes deux compagnons d'infortune. Je me jetais sur la nourriture que l'on nous apportait deux fois par jour. Je dormais peu. Chaque jour, des soldats allemands passaient devant notre cellule, portant des morts. J'avais à chaque fois peur de reconnaître mes parents. Au matin du quatrième jour, on nous fit brutalement sortir de notre cellule.
« Où sont mes parents ? », demandais-je.
L'habituel « Schnell !» me répondit.
Ma question sans réponse, je montai dans le wagon dans lequel nous poussaient les soldats. J'en avais si souvent entendu parler, de ces fameux wagons. J'en avais peur, avant. Mais maintenant, je ne ressentais plus rien. Je me rends compte, à présent, que ma « déshumanisation » avait commencé.Les wagons partirent. Plus grande encore que ma peur de notre destination était la peur de ne plus jamais revoir mes parents.

Le voyage dura deux jours entiers. Peut-être un peu plus, ou un peu moins. J'avais déjà perdu la notion du temps. Nous étions tous debout dans le wagon, sans boire, sans manger, quasiment sans dormir. Quelques uns même fermaient les yeux et ne les ouvraient plus.
Le wagon s'arrêta une fois, en pleine nuit : des SS ouvrirent les portes et sautèrent dans le wagon. Ils empoignèrent les cadavres et les jetèrent dehors. Nous ne réagîmes pas. Nos yeux étaient déjà vides, sans expression. Le train s'ébranla, et nous repartîmes. Les tinettes étaient depuis longtemps bouchées, et nous nous soulagions à présent dans tous les recoins du wagon.
Le train s'arrêta pour de bon au petit matin. Les portes s'ouvrirent, et la silhouette d'un SS apparut.
« Descendez ! », aboya-t-il dans un français approximatif.
Nous sortîmes du wagon, serrés les uns contre les autres. La pâle lueur de soleil encore bas dans le ciel nous éblouit, nous qui étions restés deux jours entiers dans le noir.
Une voix hurlait dans un mégaphone.
« En rangs séparés ! Les hommes, les femmes, les vieillards et les enfants ! », ordonnait-elle avec un fort accent allemand.
Rassemblant mes maigres possessions, je me dirigeai vers les autres enfants, entassés en une masse informe qui ressemblait à tout sauf à un rang, lorsqu'un soldat m'attrapa par le col.
« Où crois-tu aller ? », demanda-t-il, hargneux.
« A...Avec les enfants. », balbutiai-je, terrorisée.
Il me traina jusqu'au rang des femmes.
« Ta place est ici ! Et ne t'avise pas de t'enfuir ! Me suis-je bien fait comprendre ? ».
Pétrifiée, je hochai la tête. Il s'éloigna à grandes enjambées, et je restais plantée là, tremblante, jusqu'à ce que la longue file de femmes se mette en marche. Je suivis le mouvement, tout en cherchant, en vain, le visage de ma mère.
Nous passâmes un portail vivement éclairé, frappé de trois mots en allemand : « Arbeit macht Frei », le travail rend libre. C'était le camp de Dachau. Nous le traversâmes, la vision désolante d'hommes et de femmes, rasés et squelettiques, s'offrant à nous.
Arrivées devant un imposant bâtiment, on nous ordonna de nous déshabiller, et d'enlever tout objet de valeur. Je pensais à ma superbe montre en or, laissée à Paris, puis je me déshabillais, essayant en vain de cacher aux autres les parties intimes de mon anatomie.
On nous fit entrer une à une dans le bâtiment. Je passai machinalement ma main dans mes cheveux.Une vieille femme, devant moi, me regarda et me dit :
« Ce geste te sera bientôt inutile. »
Alors je compris que depuis le début, je refusais d'admettre la situation : on allait me raser, me tatouer sur le bras un numéro qui remplacerait mon nom, m'enfermer avec les autres femmes et me forcer à travailler, quasiment sans boire, sans manger, et presque sans hygiène. Je manquais de m'effondrer, mais je restais debout malgré tout. Tel était mon destin, et ma résignation me fit peur : avais-je déjà perdu tout espoir ?
Mon tour arriva. On m'empoigna les cheveux, puis je sentis une lame les traverser, et ils tombèrent, lisses et soyeux, sur le sol qui en était déjà recouvert. J'entrai ensuite dans une salle plus petite. Je dus me laver, sans savon. La gêne que nous éprouvions toutes depuis que nous nous étions déshabillées redoubla.
Après m'être lavée du mieux que je pus, nous passâmes encore dans une autre salle. Là, on nous tatoua un numéro sur le poignet. Ce ne fut pas particulièrement douloureux, mais, à partir de ce moment, Sarah n'existait plus : la Häftling 084 157 l'avait remplacée.
A la sortie de cette salle, on nous donna des vêtements : un pantalon, une chemise et une veste rayés, ainsi qu'une paire de souliers. L'usure des vêtements prouvait qu'ils avaient déjà été portés, que nous ne faisions que récupérer les vêtements d'autres personnes, qui étaient certainement mortes.
J'en étais là de mes considérations quand on nous poussa sans ménagements dehors. Il fallait laisser la place aux autres. Je fus envoyée au Block 12. Je m'y rendis. Tout autour de moi semblait flou, comme si cette abomination n'était qu'une gigantesque supercherie.

J'étais seule sur ma couchette, comme beaucoup d'autres femmes. Le Block 12 n'était pas encore surpeuplé. Refusant de communiquer avec quiconque, je ne sortis pas de mon mutisme de toute la soirée.
Cette nuit-là, je ne dormis pas. Trop de pensées et de questions m'assaillaient : étais-je encore Sarah, jeune fille de 14 ans, ou cette fille n'était-elle déjà plus qu'une ombre ? Reverrais-je un jour mes parents ?...

Je m'accoutumais bien vite à la vie du camp, si tant est que l'on puisse s'accoutumer à une vie comme celle-là. J'avais appris quelques astuces qui m'aidaient à supporter un peu mieux la faim et le froid. Je n'avais lié aucun véritable lien d'amitié avec les autres femmes de mon Block, étant d'un âge la plupart du temps bien supérieur au mien.

Je ne vous narrerais pas par le menu ma vie au camp, qui était, contrairement à d'autres vies de prisonniers, un éternel recommencement. Ainsi vous raconterais-je une journée au camp, semblables à toutes celles que j'ai vécues.

Nous devions nous lever aux premières heures du jour, c'est-à-dire vers 4h30 en été, et à 7h00 en hiver. Nous devions, en seulement quelques minutes, nous habiller, et faire notre « lit ».
Ensuite, nous courions aux latrines, en se lavant en vitesse mais du mieux que nous pouvions.
Puis nous devions tous nous regrouper sur la grande place, la place d'Appel. Nous étions comptés chaque matin et chaque soir. C'était supportable en été, mais parfois, en hiver, nous restions debout des heures, immobiles, dans le froid et même parfois dans la neige, grelottant dans nos minces vêtements rayés.
Ensuite, on nous distribuait une mince tranche de pain, qui paraissait toujours plus petite que celles des autres, et que nous dévorions en quelques minutes, malgré nos efforts pour ne pas la manger trop vite.
Enfin, vers 7h30h, les SS formaient les équipes de travail, et nous sortions du camp pour aller travailler. Ils n'étaient pas question d'essayer de nous échapper : nous étions étroitement surveillés, et toute tentative de fuite se serait soldée par une mort certaine.
Je faisais partie du Kommando 21, et je travaillais dans les carrières. Nous en extrayions les pierres servant à fabriquer des briques et du granit pour les constructions du Führer. Que cette tâche soit trop rude pour les femmes importait peu aux SS. Apparemment, toute sale besogne était bonne pour les Häftlinge.
Nos mains n'étaient pas protégées, si bien qu'elles étaient abîmées à force de tailler la pierre.
On travaillait 10h par jour, et jusqu'à 12 en été. Nous avions seulement une pause vers midi et demi , et nous rentrions au camp avec nos gamelles. Nous mangions la soupe liquide que les Blockältester nous servaient. En fait de soupe, c'était en réalité de l'eau chaude avec deux morceaux de navets et une moitié de pomme de terre. Mais nous avions faim, et nous raclions chaque jour avec avidité nos gamelles en fer blanc, pour ne rien perdre du précieux liquide.
Nous retournions au travail à 13h30, et nous travaillions jusqu' à 18h30. Nos mains, rêches et desséchées en été, étaient rougies et couvertes de plaies en hiver.
A 18h30, nous reprenions donc le chemin du camp, et nous nous rassemblions sur la grande place d'Appel, où les SS nous recomptaient.
S'il manquait quelqu'un, aussitôt les soldats partaient à sa recherche, et le lendemain, cette personne était tuée sous nos yeux. Mais cela n'arrivait que rarement.
Après l'appel du soir, nous nous lavions les mains, et, pour la deuxième fois de la journée, nous mangions la soupe distribuée par notre Blockältester.
La lumière s'éteignait vers 20h. Nous employions le temps entre la fin du dîner et du coucher à racler notre gamelle, nettoyer nos vêtements et nos souliers, recoudre nos vêtements troués si nous avions la chance de posséder un petit morceau de fil et une aiguille...
J'avais l'habitude d'aller aux latrines avant l'extinction des feux, et je me relevais rarement la nuit pour uriner, car nous n'avions pas le droit de sortir des baraques la nuit, et nous nous soulagions dans un seau. Celle qui, en urinant, remplissait le seau devait aller le vider aux latrines, et, cette opération m'étant insupportable, je prenais mes précautions.
Je m'endormais vite, harassée, et dormais la plupart du temps d'un sommeil sans rêves, sinon peuplé de cauchemars plus atroces les uns que les autres. Je me réveillais souvent, soit parce que ma voisine de couchette descendait se soulager, soit parce qu'un bruit extérieur me tirait de mon sommeil.
Le matin, à 4h30, la sirène sonnait le réveil, et tout recommençait.

Voilà. C'était ça, l'enfer.

Je ne sais pas comment je suis sortie de là vivante. Parfois, je pense que j'ai tant de fois frôlé la mort, que ma survie est à la fois un mystère et un miracle.
Le camp de Dachau fut évacué le 29 avril 1945. Les SS avaient été pris par surprise, si bien qu'il y avait plus de survivants que prévu.
Nous fûmes un des rares camps à bénéficier de trains pour rentrer chez nous. Je mis malgré tout deux semaines pour rejoindre Paris.
J'appris, plus tard, que mes parents avaient été déportés de Drancy à Auschwitz, et qu'ils avaient été gazés et brûlés à leur arrivée.
Ayant toujours aimé lire et écrire, je commençais à Paris des études de journalisme, que je terminais avec succès.
Je devins journaliste au « Petit Parisien »

J'écrivis plusieurs livres sur la déportation, qui ne furent pas publiés. Je m'efforçais de raconter autour de moi ce que j'avais vécu, pour que rien ne soit oublié. J'ai gardé le numéro 084 157 tatoué sur mon poignet. C'est un choix. Certains ont choisi d'oublier, d'autre de perpétuer le souvenir. Je suis de ceux-là.
La dureté de la vie dans les camps et la barbarie nazie ne doivent pas être oubliées .

Souvenons-nous, souvenez-vous de ce qui s'est passé, pour que tous ces déportés ne soient pas morts en vain.


FIN

# Online seit Sonntag, 30. August, 2009 um 15:27

Nous sommes dimanche. Il est exactement 10h21. Et par conséquent, je n'ai d'activité possible que celle-ci.


D'accord. D'ACCORD.
Je vais vous le dire. Mais sachez que vous ne sortirez en rien grandi de cette lecture.


Commençons donc par le commencement. Si il y en a un. Y en a t-il un, d'ailleurs ?
Est-ce que ma vie commence véritablement le 2 novembre 1994 ? N'a-t-elle pas commencée avant ? Ou après ? A t-elle seulement commencée ?
J'ai donc quatorze ans. Oui, quatorze. Ce qui m'amène à une question primordiale : Comment pouvons-nous dire, comment pouvons-nous même penser, que nous sommes quelqu'un, que nous sommes quelque chose ? Même si je vis 83 ans, sur l'échelle de la vie, mon existence passera totalement inaperçue. D'où ma question.

Je me pose des questions. Des tonnes. En fait, si on va par là, je ne fais que ça. Je m'interroge. Sur moi. Le monde. Les gens en général. Les choses. On dit qu'il faut toujours se remettre en question, mais parfois je me demande si je n'ai dépassé le stade de ladite.
Je suis comme tout le monde. Du moins, c'est l'impression que j'ai. J'aime des choses normales, je fais des choses normales la plupart du temps, je suis en somme d'une banalité affligeante. Mais ça fait longtemps que j'ai accepté cette idée.
En vrac : Je déteste pas mal de choses, j'en aime à peu près autant. J'aime lire, je déteste les maths, j'aime écrire, je déteste faire mon lit, j'aime parler, je déteste me taire, j'aime avoir raison, je déteste avoir tort, j'aime la gymnastique, je déteste le badminton, j'aime le théâtre, je déteste les gens (mais pas tous), j'aime la musique, je me déteste, j'aime voir les gens heureux, je déteste être malheureuse.
Je ne sais rien faire. Alors je fais semblant. Semblant de savoir compter, de savoir écrire, de savoir chanter, semblant même de savoir parler. Les gens me disent que je n'ai pas assez confiance en moi. C'est peut-être vrai. Ou peut-être pas. Peut-être que je suis réellement un être dépourvu de toute qualité. Mais peut-être que non. Quoiqu'il en soit, c'est une question à laquelle je ne peux répondre.

Je n'ai pas de prénom. Enfin si, j'en ai un. Mais rares sont ceux ceux qui le connaisse. Pour la plupart des gens, je suis "la fille au manteau jaune", ce qui est assez bizarre, si on va par là.


Mais comme je suis d'une extrême bonté, je vais vous dire. Je m'appelle Marie. Vous vous en fichez ? Pas grave, je m'en doutais.
Nous sommes dimanche. Il est exactement 10h21. Et par conséquent, je n'ai d'activité possible que celle-ci.

# Online seit Sonntag, 20. September, 2009 um 04:20

Geändert am Sonntag, 20. September, 2009 um 14:10

17h28


Et quand je dis des choses sensées, personne ne m'écoute.
17h28

# Online seit Freitag, 25. September, 2009 um 11:30

°


Inutile. Oui, tout cela est inutile.Ni plus ni moins. Je dis cela sans même savoir de quoi je parle. Je dis cela car c'est ce qui me vient à l'esprit.
Mon esprit, parlons-en, il n'est en ce moment constitué de rien d'autres que de rejet du présent, il essaye en vain de retrouver les merveilles du passé. Mais ce qu'il trouve, ce sont des larmes. Des flots de sanglots, une rivière d'eau salée. Rien d'autre. Comme si ma capacité de production s'arrêtait là.
Je ne fais qu'attendre. Oui, en réalité, je suis dans l'attente perpétuelle, ce qui n'arrange rien. Je voudrais. J'aimerais. Tant de choses. Comme me réveiller chaque jour en étant heureuse de passer une nouvelle journée. Comme cesser de penser chaque seconde à la prochaine fois où les seules choses qui font sourire mon c½ur viendront à moi.
La solution serait de profiter. Profiter de chaque seconde, comme nous dicte le célèbre et admirable Carpe Diem. Sans penser au reste, sans penser aux autres. Mais le problème est là, nous vivons au dépends des autres. Et pourtant la plupart des gens m'écoeurent désormais, oui cette foule de girouettes n'est bonne qu'a me donner la nausée. Restent alors ceux que je supporte. Non, plus que cela, que j'aime, que j'admire, que j'adule. Qui sont présents et le seront éternellement. Ceux avec qui je ressens un besoin d'éternité, ceux avec qui je suis rassurée.
Mais quand beaucoup sont bien trop loin. Quand mon c½ur ne tient plus, qu'il ne se rattache à rien. Quand le manque est perpétuel, quand cet amas d'absence quitte le superficiel.
Puisque tous ces mots ne mènent pas loin. Puisque sans eux, je ne suis plus rien.





Voila Mary. J'espère que cela te plaira. Moi, je ne vois rien de beau dans cela. Je t'aime, ne l'oublie pas. <3
Lison.

# Online seit Samstag, 26. September, 2009 um 16:21

Geändert am Sonntag, 27. September, 2009 um 02:26

"Et si on prenait le bus, qu'on s'arrêtait en plein milieu du lotissement et qu'on essayait de retrouver le lycée ?"


Un besoin impérieux. Comme quelque chose d'immuable, d'irrépressible. Une envie subite, une idée qui ne vous quitte plus, un fourmillement dans la main. Un peu comme une obligation, mais procurant ensuite un bien-être intense.
Le fait d'écrire, même pour rien, même quelque chose de complètement inutile, même un texte truffé de fautes, même des lignes totalement illisibles, même quelque chose de complètement faux.
Sentir le papier sous le stylo. Sentir la plume elle-même buter sur les mots difficiles, puis se remettre à glisser sur la feuille l'instant suivant.
Être conscient des pensées qui se brouillent et s'emmêlent dans la tête, et qui sortent ordonnées et claires sous le stylo.
Le fait de se sentir libre, ressentir ce goût si particulier que l'on ne retrouve que lorsqu'on écrit.
Savoir que personne ne vous juge, que personne ne vous lit si vous ne le décidez pas, que vous avez le temps, que tout cela est réfléchi.
On regrette souvent ses paroles, mais rarement ses écrits.
Oui, c'est vrai : écrire m'aide. Beaucoup. Et je me fiche d'écrire mal ou non. Mais ma main n'est réellement complète que lorsqu'un stylo est glissé entre mes doigts.

Mary.
"Et si on prenait le bus, qu'on s'arrêtait en plein milieu du lotissement et qu'on essayait de retrouver le lycée ?"

# Online seit Freitag, 02. Oktober, 2009 um 14:35